STATIC RECURVE 

 

Plusieurs approches sont possibles pour sa conception. De même,  différentes essences sont compatibles, comme l’orme utilisé pour cet arc. Ces traditions de fabrication ont plusieurs points d’émergence: Europe centrale, sud de l’Oural, côte-ouest Nord Americaine. Ressemblant, un tant soit peu, aux arcs composites des steppes d’Eurasie ils sont néanmoins plus rapides et faciles à concevoir qu’un arc Scythe ou Mongol. Ils « travaillent » cependant de la même façon.

Nels Grumley est sans doute le Maitre Artisan Américain d’un design d’arc dans les années 1930 et 1940, le brush bow, prisé par toute une génération d’archers et de chasseurs.  Certains arcs sont renforcés avec de la fibre de tendons, d’autres sans renforts. Ce concept inintérompu depuis, repris plus tard par Chuck Boelter et Marc Saint Louis dénote un profond attachement à ces formes élégantes et éfficaces qui demanderont néanmoins plus de subtilité dans leur élaboration qu’un arc simple.

 

L’arc est en aubier d’orme rouge fait d’une seule pièce de bois, une poignée profonde taillée dans le coeur rouge sombre de l’arbre.

La mise en forme de la pièce de bois choisi reste classique, la sinuosité normale de la billette est à prendre en considération pour les extrémités recourbées et rigides.

Arc droit médiéval

Ils ont les caractéristiques d’un longbow mais élaborés plus courts, 65, 66 pouces entre les 2 encoches pour une allonge à 28 pouces. La largeur est de 3.3 cm et 3.5 cm, ce qui les rapproche de la largeur d’un grand arc en if Anglais. Il est cependant peu probable que ces derniers soient utilisés en France, le peu d’arcs que nous connaissons de cette époque dans l’hexagone  sont plutôt courts, recourbés pour certains, la maniabilité, semble t-il, est le plus important.

On ne peut se reférer à la tapisserie de Bayeux, dernière Saga Normande démontrant un usage intensif de grands arcs de guerre utilisés par ce  Duché d’origine Viking,  pérénisant ainsi l’invasion définitive de l’Angleterre.

La conception d’un tir réussi sur un cerf ou un sanglier n’a rien de similaire

L’arc de chasse traditionnel au moyen âge est forcément différends, plus court, moins puissant, ne nécéssitant pas d’entrainement spécifique de guerre. Depuis ces temps troublés par des conflits permanents, le privilège de la chasse est l’appanage de la noblesse, les gens de l’époque n’ayant droit qu’au piègage. On peut cependant imaginer qu’un nombre considérable de braconiers utilisaient l’arc et la flèche, faisant fi des lois en vigueur et comptant sur le silence et la discrétion de leurs armes pour ne pas se faire prendre.

Ces 2 arcs similaires en apparence pèsent 50 et 55 livres. Ils sont en orme rouge, poignée en cuir rouge de vachette. Teinte brou de noix, Protection suif (graisse animale/cire d’abeille).

Le martyr de Saint Edmund

Arc Viking

Les recherches concernant ces arcs du Haut Moyen- Age, contemporains du VIIIe au XIe siècle en Europe du Nord, mis au jour sur certains sites danois  mais également en Irlande démontrent  l’influence Viking sur cette partie du continent, un legs culturel qui forgera l’ histoire nord- européenne. Cette enluminure médiévale, ainsi que des artefacts retrouvés sur site, suggèrent quelques idées sur la conception de ces arcs, de part leur profil, bandés et armés, représentant des longbows mais  se distinguant cependant des grands arcs anglais.

Longbow d’inspiration Viking en orme. Fabriqué par CE.

Des fragments d’arcs et quelques arcs entiers retrouvés sur les sites Archéologiques comme Hedeby suivent tous une chaîne opératoire de fabrication similaire, Ils proviennent tous de petits arbres en If ou en orme (moins de 8cm de diamètre), et ont des poupées d’une longueur peu commune.

 

De l’orme rouge pour plus d’authenticité

Lors de leur fabrication,  j’ ai pu mettre en évidence la  différence de profil  de ces  arcs débandés, bandés ou armés. Ils ne présentent pas un « profil en arc de cercle » comme  les longbows Anglais mais ils présentent une courbe progressive au sortir des poignées, leur conférant plus de rigidité sur le reste des branches c a d du milieu des branches jusqu’aux extrémités: les poupées. On pourrait facilement penser à des erreurs de conception mais au vue des nombreux arcs similaires retrouvés, cela est  fort peu probable.

Pour la conception de  ces 2 arcs d’inspiration Viking, le bois choisi provient d’un orme rouge coupé il y a 10 ans  d’un diamètre important (30cm). Ceci est à prendre en considération, au regard des artefacts provenant  généralement , de petits troncs de 5 à 7 cm de diamètre présentant un dos très arrondi, donc peu enclins à conserver puissance et élasticité.  Cela signifie que par conséquent, au vue de cette matière première peu adaptée, la masse de l’arc est nécessairement augmentée coté ventre, compensant ainsi  la faible résistance du dos. en laissant plus de matière, plus qu’il n’en faudrait pour un arc léger provenant d’un tronc de fort diamètre.

L’if et l’orme sont les essences les mieux adaptées pour supporter des tensions et des compressions  peu progressives  dans leur distribution c a d   dans la répartition de l ‘énergie de la poignée à la poupée.

Profil armé, un peu plus rigide sur la dernière moitié de la branche. 75# à 28″

L’encoche simple des artefacts, plus rapidement élaborée mais moins précise dans son utilisation,  a été remplacée par un double encochage plus conventionnel. Elle est cependant renforcée par une touffe de fibre de tendons entre les 2 encoches. Ce qui semble nécessaire au vue de la forte traction exercée. Cela peut être considéré comme un « renfort d’encoche ».

Ces poupées « surdimensionnées » se justifient aisément pour des arcs de forte puissance. En effet, sans ces leviers providentiels, je ne pourrais pas bander l’arc. De plus, leur ergonomie semble parfaitement adaptée à la préhension.

A gauche, 2 pièces archéologiques (Vis I, culture Kunda, Russie, d’aprés Burov 1980)) de  6000 ans plus anciennes que les arcs d’Hédéby, présentent des similitudes sur ce qui semble être les poupées de la branche supérieure. Si elles ont la même fonction à savoir bander l’arc,  ceux ci devaient être trés puissant. Ces leviers sont également deflex, ils plient vers l’archer. Il est possible qu’aprés chauffe, l’extrémité soit courbée volontairement pour faciliter encore plus le positionement de la corde. Pour une poupée conventionnelle à double encoche, un traitement à la chaleur fragiliserai la gorge étroite ou se positionne la corde. Mais pas pour une simple, il y a beaucoup plus de matière pour péréniser ce point de force. Ce trait culturel plurimilllénaire, présent depuis le mésolithique aurait perduré jusqu’au XIe siècle. Plus tardivement, les longues poupées (en corne) des arcs Anglais de plus de 100# offrent une résistance incontournable au bois léger et tendre qu’est l’if. Auraient- ils une autre fonction à savoir faciliter le bandage de l’arc? Ce ne sont que des hypothèses qui méritent réflexion….

(Décembre 2020)