Arcs Vikings.

Le martyr de Saint Edmund

Les recherches concernant ces arcs du Haut Moyen- Age, contemporains du VIIIe au XIe siècle en Europe du Nord, mis au jour sur certains sites danois  mais également en Irlande démontrent  l’influence Viking sur cette partie du continent, un legs culturel qui forgera l’ histoire nord- européenne. Cette enluminure médiévale, ainsi que des artefacts retrouvés sur site, suggèrent quelques idées sur la conception de ces arcs, de part leur profil, bandés et armés, représentant des longbows mais  se distinguant cependant des grands arcs anglais.

Longbow d’inspiration Viking en orme. Fabriqué par CE.

Des fragments d’arcs et quelques arcs entiers retrouvés sur les sites Archéologiques comme Hedeby suivent tous une chaîne opératoire de fabrication similaire, Ils proviennent tous de petits arbres en If ou en orme (moins de 8cm de diamètre), et ont des poupées d’une longueur peu commune.

 

De l’orme rouge pour plus d’authenticité

Lors de leur fabrication,  j’ ai pu mettre en évidence la  différence de profil  de ces  arcs débandés, bandés ou armés. Ils ne présentent pas un « profil en arc de cercle » comme  les longbows Anglais mais ils présentent une courbe progressive au sortir des poignées, leur conférant plus de rigidité sur le reste des branches c a d du milieu des branches jusqu’aux extrémités: les poupées. On pourrait facilement penser à des erreurs de conception mais au vue des nombreux arcs similaires retrouvés, cela est  fort peu probable.

Pour la conception de  ces 2 arcs d’inspiration Viking, le bois choisi provient d’un orme rouge de 10 ans d’âge d’un diamètre important (30cm). Ceci est à prendre en considération, au regard des artefacts provenant  généralement , de petits troncs de 5 à 7 cm de diamètre présentant un dos très arrondi, donc peu enclins à conserver puissance et élasticité.  Cela signifie que par conséquent, au vue de cette matière première peu adaptée, la masse de l’arc est nécessairement augmentée coté ventre, compensant ainsi  la faible résistance du dos. en laissant plus de matière, plus qu’il n’en faudrait pour un arc léger provenant d’un tronc de fort diamètre.

L’if et l’orme sont les essences les mieux adaptées pour supporter des tensions et des compressions  peu progressives  dans leur distribution c a d   dans la répartition de l ‘énergie de la poignée à la poupée.

Profil armé, un peu plus rigide sur la dernière moitié de la branche. 75# à 28″

L’encoche simple des artefacts, plus rapidement élaborée mais moins précise dans son utilisation,  a été remplacée par un double encochage plus conventionnel. Elle est cependant renforcée par une touffe de fibre de tendons entre les 2 encoches. Ce qui semble nécessaire au vue de la forte traction exercée. Cela peut être considéré comme un « renfort d’encoche ».

Ces poupées « surdimensionnées » se justifient aisément pour des arcs de forte puissance. En effet, sans ces leviers providentiels, je ne pourrais pas bander l’arc. De plus, leur ergonomie semble parfaitement adaptée à la préhension.

A gauche, 2 pièces archéologiques (Vis I, culture Kunda, Russie, d’aprés Burov 1980)) de  6000 ans plus anciennes que les arcs d’Hédéby, présentent des similitudes sur ce qui semble être les poupées de la branche supérieure. Si elles ont la même fonction à savoir bander l’arc,  ceux ci devaient être trés puissant. Ces leviers sont également deflex, ils plient vers l’archer. Il est possible qu’aprés chauffe, l’extrémité soit courbée volontairement pour faciliter encore plus le positionement de la corde. Pour une poupée conventionnelle à double encoche, un traitement à la chaleur fragiliserai la gorge étroite ou se positionne la corde. Mais pas pour une simple, il y a beaucoup plus de matière pour péréniser ce point de force. Ce trait culturel plurimilllénaire, présent depuis le mésolithique aurait perduré jusqu’au XIe siècle. Plus tardivement, les longues poupées (en corne) des arcs Anglais de plus de 100# offrent une résistance incontournable au bois léger et tendre qu’est l’if. Auraient- ils une autre fonction à savoir faciliter le bandage de l’arc? Ce ne sont que des hypothèses qui méritent réflexion….

(Décembre 2020)

Expérimentation d’un séchoir à bois d’arc.

Construction du four

Cette expérimentation a pour but de démontrer l’utilisation d’un séchoir à bois d’arc constitué d’éléments simples comme le bois ou le cuir. Il s’agit d’un four en forme de coffre, constitué à sa base de quatre plots de bois d’une cinquantaine de centimètres, disposés en rectangle, supportant deux longerons de frêne de deux mètres de long environ, qui serviront de charpente.
2 plots supplémentaires de 40 cm environ serviront de support à la pièce de bois à sécher.
Cette structure doit être disposée dans l’axe du vent dominant, véritable soufflerie naturelle, indispensable au fonctionnement optimale du séchoir.

Les deux foyers en galets de quartzite sont espacés d’une longueur relative à la longueur des pièces de bois à sécher, et seront disposés vers le milieu des branches.
Le nombre de peaux à utiliser pour la couverture du four sera dépendant de la taille du four. De ce fait, une grande peau tannée de bœuf est déposée sur la charpente, ainsi que des peaux de cerf, chamois et même un vieux tapis afin de rendre cette structure le plus hermétique possible.
Cependant, de petites ouvertures sur l’avant et l’arrière de la structure sont nécessaires pour la circulation de l’air et pour l’évacuation de l’humidité résiduelle.

L’utilisation de ce four couvert a pour objet de réduire le taux d’humidité d’une ébauche d’arc en orme jusqu’à un certain pourcentage, le taux recherché se situant entre 12 et 9 %.
Pour ce faire, le combustible sera composé de petit bois sec et de charbon de bois, ce dernier ayant pour effet de maintenir une température relativement constante en diminuant les flammes.

Préparation de la billette

Elle doit approcher des côtes et mesures de l’arc fini. Epaisseur et largeur doivent être équilibrées pour un séchage homogène durant une période de plusieurs jours voir plusieurs semaines. Le temps de séchage peut cependant être différent selon le taux d’humidité contenu dans l’air (humidité relative). En effet, le bois est susceptible de perdre ou de reprendre une certaine masse d’eau en fonction du taux d’humidité contenu dans l’air. Cette action se nomme « équilibre hygroscopique ». Il s’agit d’un mouvement de vapeur d’eau généré par la pression atmosphérique qui évacue l’humidité du bois quand la vapeur est plus importante dans le bois, et inversement de l’air vers le bois quand la pression de vapeur d’eau est plus importante dans l’air. Le bois à donc tendance à équilibrer son taux d’humidité selon le climat où il évolue.

Il existe 3 types d’humidité dans le bois :

-L’eau de constitution qui ne peut s’évaporer que par l’action du feu.

-L’eau libre qui circule selon le taux d’humidité relative dans l’air.

-L’eau liée qui est contenue sur les parois cellulaires du bois.

Les 2 derniers composants seront pris en compte pour l’expérimentation.
Elle commence par l’abattage d’un orme d’une dizaine de cm de diamètre qui est refendu dans l’axe longitudinal, que l’on nommera billette.
La billette est ébauchée rapidement et enduite de résine de pin sur les extrémités et les parties mis à jour. Ce traitement préventif est très important pour ralentir le séchage et ainsi éviter les chocs thermiques et le cintrage trop rapide du bois. Cela est d’autant plus indispensable selon les climats de montagne ou de haut plateau où l’air sec accélère le processus de séchage et l’apparition de fissures.
La billette est stockée à l’air libre durant quelques jours, et son taux d’humidité est tombé de 45% à 20 %, ce qui correspond à une évacuation rapide de l’eau libre (de l’humidité de l’air ambiant ).
L’eau liée est la plus difficile à supprimer. En effet, seule une certaine quantité de cet élément doit s’évaporer pour atteindre le taux d’humidité recherchée.
C’est à ce moment précis qu’intervient ce moyen artificiel pour sécher le bois.
Les 2 foyers sont allumés et l’ébauche est disposée à environ 30 cm des flammes.

Une surveillance constante est nécessaire. Le feu est alimenté régulièrement, l’ébauche est également tournée toutes les demi-heures. Ce travail est nécessaire pour optimiser le séchage et éviter les montées de température qui seraient irréversibles pour l’ébauche.
Un premier contrôle de l’humidité résiduelle du bois s’effectue après 6 heures de chauffe. Les pointes de l’hygromètre sont enfoncées de 2 mm pour une mesure plus précise en profondeur. Cette mesure est contrôlée au niveau de la poignée, des branches et des extrémités de l’ébauche. Le taux affiché par l’hygromètre de 9.8% se situe vers la poignée.
Ce procédé semble fonctionnel et, par extension, il sera possible également de faire sécher plusieurs ébauches à la fois selon ce procédé. L’utilisation de ce type de four à la préhistoire pourrait éventuellement être admise au vu de la simplicité des éléments naturels utilisés, de la logique du séchage particulier comme on le ferait pour le boucanage de viande. Ce traitement aura pour objet de rendre beaucoup plus efficace l’arc dés sa première utilisation une fois séché selon ce procédé.
Cette hypothèse est mise en avant au regard des techniques amérindiennes des grandes plaines où les bois d’arc étaient stockés à l’intérieur du tepee, suspendus sous l’ouverture d’évacuation de la fumée. Un foyer constant permettait un séchage régulier et optimal.